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Cultiver un état d'esprit de croissance chez nos enfants

Dernière mise à jour : 22 juil. 2020



Nous avons vu dans l'article : Le facteur clé de la réussite et l'erreur à ne pas commettre avec nos enfants que vanter l’intelligence et les capacités des enfants fait du tord à leur motivation, à leur plaisir et à leur performance d’apprentissage.


S’ils aiment indéniablement ce genre de compliments qui les stimule sur le moment, en revanche dés qu’ils doivent faire face à une difficulté ou à un obstacle, leur confiance dégringole tout autant que leur motivation.


« Si la réussite signifie qu’ils sont intelligents, alors l’échec signifie qu’ils ne le sont pas »

= Etat d’esprit fixe


Mais alors comment les aider et les encourager de manière qu’ils développent un état d’esprit de croissance, le goût d’apprendre et d’évoluer ?


Devrions-nous arrêter de complimenter nos enfants avec enthousiasme quand ils font quelque chose d’excellent et retenir notre admiration pour leur réussite ?


Pas du tout !

Nous devons juste faire attention à ces éléments :


1) Notre propre état d’esprit

2) Le type de compliment que nous utilisons : Effort VS Capacités

3) Les messages que nous véhiculons par nos paroles et actions envers autrui

4) Nos réactions face aux comportements inappropriées

5) Les objectifs et requêtes que nous fixons avec nos enfants

6) Nos croyances et attentes à propos de l’enfant

1°) L’état d’esprit de l’adulte


Les neurosciences ont démontré que l’être humain est biologiquement programmé pour apprendre par l’observation.


Nos enfants sont des champions de l’imitation !


Pas étonnant donc que l’élément qui influe le plus sur l’état d’esprit de l’enfant dérive de celui adopté le plus souvent par les parents et des attitudes et comportements qui en découlent.


En tant que parents et adultes, nous sommes leur modèles et l’état d’esprit que nous adoptons le plus souvent deviendra inévitablement le leur.


Le meilleur moyen d'apprendre à nos enfants à adopter un état d’esprit de croissance est donc premièrement de l’adopter nous-même en tant que modèle.

2°) Les compliments : Effort VS Capacités

Nous pensons que certaines de nos paroles sont anodines mais les enfants captent très facilement les messages cachés bien souvent inconsciemment.


Repérez les messages dans les exemples suivants :


1. « C’est super mon fils, tu as appris cela tellement rapidement, que tu es brillant ! »

2. « Regarde un peu ce dessin, notre fille serait-elle devenue la nouvelle Picasso ? »

3. « Tu es très doué, tu as obtenu une note excellente sans même avoir travaillé »


Il est fort probable que vous ayez déjà entendu ce genre de compliments ou que vous les avez-vous-même prodigués tout en étant convaincus que ces messages permettent de soutenir l’enfant et de renforcer son estime.


A la lumière de cet article, écoutez les plus attentivement maintenant.


Est-ce que vous pouvez entendre un autre message ?

1. « Si je n’apprends pas quelque chose rapidement, je ne suis pas intelligent. »

2. « J’ai le talent de Picasso, je ne dois pas prendre le risque de faire des dessins plus complexes sinon ils verront que je ne suis pas Picasso »

3. « Je ne devrais pas trop travailler, sinon cela signifie que je ne suis pas si doué »

Les enfants adorent les compliments et en particulier ceux qui visent leur intelligence et leur talent.


Mais vous commencez à comprendre que ces compliments en apparence bienveillant peuvent leur faire du tort à plus long terme.


Dés qu’ils devront surmonter une difficulté ou un obstacle, leur statut « d’intelligent » ou de « brillant » sera mis en péril et ils feront tout pour la préserver, ce qui implique de ne pas s’exposer à la difficulté ou à fuir l’obstacle.


Carol Dwek l’exprime ainsi :


« Si la réussite signifie qu’ils sont intelligents, alors l’échec signifie qu’ils ne le sont pas. C’est ça, l’état d’esprit fixe.
« Ainsi vanter l’intelligence des enfants fait du tort à leur motivation et à leur performance. »

Quelle est donc l’alternative ?


Comment pouvons-nous donc utiliser les compliments ?

Nous venons de voir que complimenter l’intelligence ou le talent d’un enfant renvoie un message d’esprit fixe. Cela fragilise leur confiance et leur motivation.


Il est possible d’encourager autrement et de se concentrer sur les processus que l’enfant a utilisé plutôt que sur ses capacités.

Cela peut concerner ses :


  • Stratégies et méthodes

  • Efforts et son travail

  • Choix et décisions

Le compliment devrait se référer non pas aux caractéristiques de personnalité de l’enfant, mais à ses efforts et à ses réalisations ”

— HAIM GINOTT


Par exemple au lieu de dire :


A. « Tu es si brillant, tu as obtenu 18/20 sans avoir trop forcé »

B. « Tu as appris ça si rapidement ! Tu as vraiment une sacrée mémoire ! »

C. « Je suis transporté par ta musique, tu es un virtuose ! »

Vous pourriez dire :


A. « Ce devoir était très long et très compliqué. J’admire vraiment la façon dont tu t’es concentré et l’as terminé. »

B. « Tu as mis beaucoup de réflexion dans cette dissertation. Cela me fait comprendre l’auteur sous un nouveau jour. »

C. « La passion que tu insuffles dans ce morceau de guitare me donne un réel sentiment de joie. Comment te sens-tu quand tu joues ? »

Utiliser des compliments orientés sur le processus est un des meilleurs moyens de favoriser l’état d’esprit de croissance chez nos enfants.

Cependant ce n’est pas le seul biais par lequel nous véhiculons des messages cachés à nos enfants.

3°) Nos paroles et actions envers autrui

La façon dont nous portons des jugements sur les autres est également capital.

Par exemple si vous dîtes devant votre enfant :


« C’est un loser né »

« Quelle femme talentueuse, c’est un génie ! »

« Elle a un petit pois à la place du cerveau »


Même si ces paroles sont dites sur le ton de l’humour, elles expriment des jugements fixes sur les autres, qui les conduit à faire de même, ce qui favorise l’adoption d’un état d’esprit fixe.

Et lorsque nos enfants ont des réactions inappropriées ou disproportionnées comment avoir une réaction qui favorise l’état d’esprit de croissance ?

4°) Les réactions face aux comportements inappropriés


“Ne cherchez pas à éviter à vos enfants les difficultés de la vie. Apprenez-leur plutôt à les surmonter. »

— LOUIS PASTEUR

Quand les enfants ont :


  • Des comportements inappropriés (mentir, casser des objets, frapper, insulter etc…).

  • Des comportements moins graves mais non souhaitables (bâcler ses devoirs, une chambre en désordre…).


La manière dont nous allons exprimer la critique est essentielle.


Celle qui étiquette et qui porte un jugement sur l’enfant (tu es un menteur, tu es méchant, tu es une brute, tu ne sais pas te tenir, tu as un poil dans la main, tu es un feignant etc…) ou qui excuse simplement l’enfant n’est pas constructive.


Selon Carol Dwek, "constructive" signifie : « qui aide l’enfant à améliorer quelque chose, à construire quelque chose de meilleur ou à réparer son comportement, ou encore à faire du meilleur travail. »


Engager l’enfant dans un processus de réparation et de résolution des problèmes participera à développer un état d’esprit de croissance :


Qu’est-ce que tu peux faire pour réparer ?

Comment t’y prendras-tu la prochaine fois pour éviter que cela ne se reproduise ?

Qu’est-ce que tu as appris de cet incident ?

Ces remarques tournées sous forme de question permettent à l’enfant d’ouvrir son esprit et entraîner une réflexion constructive sur ses actes.

Un jugement qui enferme l’enfant dans une case aura en revanche tendance à le blesser ce qui l’amènera à se fermer et à ne retirer aucune leçon de ses agissements.

Les réactions que nous avons à l’échec de notre enfant sont également capitales.

NB : Nous avons naturellement tendance à focaliser notre attention sur le négatif qui nous entoure, c’est un réflexe de survie archaïque de notre cerveau reptilien dont les médias ont bien compris le fonctionnement.


Mais il est essentiel de reprendre le contrôle.


Réagir négativement ou focaliser l’attention de manière trop importante sur les échecs de l’enfant aura tendance à les faire évoluer faire un état d’esprit fixe.


La déception qu’ils ressentent chez vous est très culpabilisante, d’autant plus que la zone du cortex préfrontal permettant la gestion efficace de leurs émotions ne sera pas mature avant minimum 21ans.


Ces émotions entraînent les enfants à porter des jugements sur eux-mêmes et à se coller des étiquettes = état d’esprit fixe.


Il est préférable d’établir une connexion avec ce qu’ils ressentent, de sympathiser avec leurs frustrations de manière qu’ils se sentent compris et non jugés.


--> Voir l'article sur Comment établir une connexion efficace avec son enfant


S’ils manifestent des auto-jugements négatifs, c’est le moment de leur expliquer que :


L’échec est une opportunité de grandir, car il nous permet de savoir quoi travailler et quoi apprendre pour réussir. Tout le monde a un talent, mais personne ne peut le révéler sans avoir travaillé, échoué puis recommencé.


Thomas Edison aurait essuyé 10 000 échecs avant d’inventer l’ampoule électrique optimale. Il a déclaré à ce sujet : “Je n’ai pas échoué. J’ai simplement trouvé 10 000 solutions qui ne fonctionnent pas. »

“Déjà essayé. Déjà échoué. Peu importe. Essaie encore. Échoue encore. Échoue mieux. »

— SAMUEL BECKETT

5°) Les objectifs

Les objectifs et idéaux que nous donnons à nos enfants peuvent également favoriser un état d’esprit fixe ou un état d’esprit de croissance.


Dire à un enfant :


« Si tu veux réussir à te démarquer auprès des entreprises, tu as intérêt d’être excellent, mais je sais que tu l’es n’est-ce pas ? »


N’est pas la même chose que :


« Si tu veux réussir à te démarquer auprès des entreprises, il va falloir travailler dur, être persévérant mais je sais que tes efforts finiront par payer ».


La première affirmation favorise un état d’esprit fixe alors que la seconde entraîne un état d’esprit de croissance chez l’enfant ou l’adolescent.


Le fait de devenir brillant n’est pas un objectif qui participe à développer l’état d’esprit de croissance, celui d’être meilleur que les autres non plus.


Contrairement à celui d’acquérir de nouvelles compétences et connaissances, vouloir progresser et battre son propre record.


“Si les gens savaient combien je travaille dur pour acquérir ma maitrise, ça ne leur semblerait pas, après tout tellement merveilleux. »

— MICHEL-ANGE

Ces objectifs nécessitent un soutien inconditionnel et de l’honnêteté :

Comme le dit si bien Carole du site « apprendreaeduquer.fr » :


« Il n’y a ni raccourci ni magie. Je suis là, je t’aime et je te soutiens. Je te donnerai les outils pour que tu saches ce qu’il te reste à faire et comment y arriver. »

6°) Le pouvoir des croyances et attentes à propos des capacités des enfants

“Si nos enfants doivent être libres, ils doivent l’être également de nos croyances limitatives, des habitudes et des goûts que nous avons acquis. »

— MARILYN FERGUSON

Les croyances et attentes des adultes envers l’enfant sont également capitales dans son processus de développement.

C’est l’effet pygmalion :

Les attentes concernant les capacités d'un enfant (parents) ou d’un élève (professeurs) conduisent à amener l’enfant à s’y conformer.

Le psychologue Robert Rosenthal est à l’origine de ce concept célèbre avec son expérience sur toute une année à l’école primaire d’Oak School dans la région de San Francisco comprenant de nombreux élèves en situation d’échec.

Il a fait croire aux professeurs que certains élèves étaient très prometteurs comparés aux autres (du fait de leur test d’intelligence) alors qu’en réalité leur niveau était semblable, et que l’étude portait sur un suivi à plus long terme de leur intelligence.

Les résultats sont édifiants, à la fin de l’année :

Les élèves désignés comme « prometteurs » ont beaucoup plus progressés au niveau de leur résultat, et ont étaient jugés comme plus performants et agréables que les autres.

La croyance des professeurs dans le potentiel des élèves étiquetés faussement « prometteurs » à tort, les a amenés à réaliser ce potentiel.

“Un enfant se comportera toujours selon les attentes des autres, en particulier de ceux qui usent de leur autorité »

— ERIC DE LA PARRA PAZ

Selon Carol Dweck, les excellents enseignants et éducateurs croient dans le développement du talent et de l’intellect de chaque enfant et ils sont eux-mêmes passionnés par le processus d’apprentissage.

Ils ne voient pas les élèves plus lents comme des enfants incapables d’apprendre correctement mais essayent de trouver ce qu’ils ne comprennent pas et quelles stratégies d’apprentissage ils n’ont pas.


Ils favorisent ainsi l’état d’esprit de croissance chez leurs élèves.


En résumé :


  • Dans un état d’esprit de croissance, l’effort est ce qui vous rend intelligent alors que dans un état d’esprit fixe il signifie que si vous en avez besoin, c’est que vous ne l’êtes pas.


  • Avec l’état d’esprit fixe on évite les challenges car ils représentent une source d’échec, avec l’état d’esprit de croissance on les recherche car ils sont sources d’apprentissage.


  • Les étiquettes positives tout autant que les étiquettes négatives entraînent un état d’esprit fixe et peuvent ainsi nuire à la réussite de l’enfant.


  • Si on m’étiquette comme quelqu’un de doué, talentueux et plein de capacités, je fuis les difficultés pour défendre cette image, alors que si on me félicite pour mon travail et mes efforts, je vais chercher à les poursuivre et à les approfondir.

  • Utiliser des compliments orientés sur le processus (stratégies, efforts et choix) plutôt que sur les capacités est un des meilleurs moyens de favoriser l’état d’esprit de croissance chez nos enfants.


  • A chaque instant et en n’importe quelle circonstance, Regardez et traitez vos enfants comme des êtres humains complets et non comme des êtres en devenir, incomplets ou déficitaires.

Du fond du cœur,


Gauthier Olivier


PS : Partagez cet article avec les enseignants et éducateurs que vous connaissez car il peut potentiellement transformer leur vision et leur rôle est primordial pour favoriser l’état d’esprit de croissance et éviter les jugements qui entraînent un état d’esprit fixe.

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