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Ados, confinement et démotivation : la goutte d’eau qui fait jeter l’éponge..



De nombreux parents sont désemparés par la démotivation scolaire de leur ado, qui est montée d’un cran durant cette période de confinement.


La pression sociale de se construire un avenir, un monde professionnel en pleine mutation ou le stress et le chômage atteignent des records, les réformes du bac qui entraînent incertitudes, doutes et questionnements, et maintenant le coronavirus et la France dans un état d’urgence sanitaire, de confinement et de peur.


C’est la goutte d’eau qui fait jeter l’éponge...


--> Et si en réalité il s’agissait d’une opportunité ?


N’en déplaise à certains, je ne vais pas ici énumérer les meilleures techniques existantes pour remotiver un adolescent, car ce serait pour moi passer à côté du sujet, à côté du VRAI problème.


Et le message que j’ai à cœur de faire passer aujourd’hui ne va peut-être pas être plaisant à entendre pour tout le monde...


L’opportunité qu’offre cette période à chacun d’entre nous est de chercher à comprendre réellement ce que ressentent les adolescents aujourd’hui, de profiter de ce confinement pour établir une réelle CONNEXION à leurs sentiments, plutôt que d’être dans une logique de CORRECTION de leurs comportements (“fais tes devoirs, arrête avec ce portable, range ta chambre, si tu ne fais pas ceci alors tu n’auras plus cela” etc...).


Le comportement d'un enfant n'est que l'expression de ses besoins.


Et je dirai que le comportement des adolescents aujourd’hui n’est que le reflet de notre société.


Mon discours ne se veut pas moralisateur ou alarmiste, ma seule intention est de pouvoir ouvrir les consciences.


Le métier de parents est sans aucun doute le rôle le plus complexe et responsabilisant du monde. Il n’y a pas de formation à l’entrée, chacun fait donc de son mieux.


J’ai donc une sincère et profonde reconnaissance envers tout les parents du monde.


Mon seul but est de pouvoir apporter un éclairage qui permettra je l’espère de :


1°) Mieux comprendre ce qui se joue à l’adolescence et les besoins qui en découlent , en particulier dans le contexte sociétal et de crise actuelle.


2°) Saisir l’opportunité de recentrer la relation Parent/Adolescent autour de le CONNEXION plutôt que la CORRECTION (je vais expliquer ces notions).


Tout d’abord, le statut d’adolescent porte beaucoup de fardeaux dans une période ou les changements physiques,psychiques et hormonaux sont très importants. Et cela en parallèle d’une recherche profonde de sens de l’existence et de la place à occuper dans ce monde.


On qualifie ces comportements de rebellions, ces remises en questions et confrontations à l’autorité comme étant des “crises d’adolescence”.


Le terme adolescent induit dans la conscience collective une série de comportements considérés comme étant de passage et propre à cette période. qu’il faut corriger avec discipline.


Autrement dit lorsqu’un enfant arrive dans la période critique et qu’il exprime son mécontentement, sa colère ou un point de vue divergent envers l’autorité des adultes, on lui dit : “Çà y est c’est l’adolescence”.


Le message inconscient que reçoit l’adolescent en question est :


“Ce que tu exprimes n’est pas légitime ou recevable, tu es victime de cette période ingrate que l’on nomme adolescence”.


Son attitude est mis dans une case : “comportements d’adolescents” = ça passera avec l’âge et la maturité.


C'est comme si nous leur disions :


«Ce que vous ressentez n'a pas d'importance, tout ce qui compte, c'est que votre comportement soit dans les clous”.


Mais qu’est ce que cela engendre comme sentiment chez notre adolescent ?


“Ce que je ressens ne compte pas, je dois le réprimer..”


c’est le début de la DÉCONNEXION...


En raison de notre concentration sur le comportement plutôt que sur les sentiments, la déconnexion commence au profit d’une autre connexion...(écrans, réseaux sociaux etc...).


Cette déconnexion engendre un mutisme grandissant et des comportements de repli et d’isolement, de perte de confiance voir de dépression et entraîne des conduites à risques (alcool, drogues, confrontations aux dangers...) de plus en plus massives et en augmentation constante.


--> Il est temps de prendre conscience que l’adolescence n’est pas un phénomène normal qui tend à devenir de plus en plus extrême.


Ces comportements ne sont pas normaux.


Tout comportement humain est déterminé par la recherche de satisfaction concernant ses besoins fondamentaux.


L’adolescence est justement la période ou l’on se construit en tant qu’individu, c’est pourquoi la satisfaction des besoins fondamentaux est grandissante :


Besoin de sécurité, de liberté, d’évolution, d’importance et de reconnaissance et plus que tout du besoin d’amour et de connexion. (Cf les 6 besoins fondamentaux de l’être humain de Tony Robbins et Chloé Madanes).


L’adolescence est un âge ou l’on remet en question ses modèles parentaux pour satisfaire son besoin d’importance et de reconnaissance, il devient impérieux pour l’adolescent d’être reconnu en tant qu’individu et cela va même parfois à l’extrême, jusqu’à ne plus être capable de se décentrer, et de comprendre un point de vue externe.


Cela fait partie du processus de construction de l’identité, mais cela n’exclut en rien le besoin d’amour et de CONNEXION de l’adolescent envers ses parents.

Or on confond souvent la remise en question des modèles parentaux comme le besoin de se déconnecter de ses parents.


Mon message aujourd’hui est le suivant : Vos adolescents ont fondamentalement besoin plus que jamais de votre amour et de se sentir connectés à vous.


Cependant ils se déconnectent petit à petit de la majorité des adultes, car leurs besoins et leurs sentiments ne sont pas pris en compte, seuls leurs comportements sont réprimandés alors qu’ils ne reflètent simplement que des besoins non ou mal exprimés.


CORRIGER un comportement sans chercher à comprendre le besoin sous-jacent revient à le nier.


Et lorsque vos besoins fondamentaux sont niés en pleine période de construction identitaire, cela provoque divers sentiments allant de l’injustice au mal être le plus profond.


NB : Au passage la stratégie de CORRECTION est non seulement inefficace dans sa capacité à modifier le comportement, mais pire elle renforce l’esprit de contradiction et de contestation envers l’adulte, afin d’assouvir le besoin de liberté et d’affirmation de soi.


Cela se traduit par des comportements de : mutisme, repli sur soi, blocages émotionnels, phobies scolaires et sociales, comportements à risques, addictions en tout genre, violences tournées vers les autres (délinquance, jeux dangereux) ou retournées contre soi-même de manière auto-destructrice : anorexie/boulimie, scarifications et pouvant aller jusqu’au suicide.


Les chiffres parlent d’eux-mêmes (étude sérieuse à l’appui effectuée en 2013, sur près de 15.000 jeunes français de 13 à 18 ans interrogés par une équipe de l’Inserm * ) :

  • 38% pensent ainsi que “ la vie ne vaut pas d’être vécu”

  • 75% des filles et 57% des garçons déclarent que dans les moments difficiles, ils préfèrent s’isoler ou se replier sur eux mêmes plutôt que de chercher des soutiens extérieurs.

  • La dépression concerne près de 20 % des adolescentes.

  • 7,8% des adolescents ont déjà tenter de se suicider et 9% se font souffrir « assez ou très souvent » (scarifications, brûlures…).

Il est temps d’ouvrir les yeux sur le fait que la majorité de nos adolescents aujourd’hui sont :

  • En profonde perte de sens

  • Angoissés pour leur avenir

  • Se sentent incompris par les adultes

  • Ne supportent plus la pression de réussite projeté par la peur des parents

  • Ne comprennent pas la société dans laquelle on vit

  • Ne cautionnent pas de nombreux éléments propres à notre système (éducatif, politique, économique etc...).

La période de confinement et de peur actuelle ne fait qu’amplifier ces sentiments, ce qui explique le renforcement de leur déconnexion.


Plus que jamais, ils ont besoin de CONNEXION avec leur entourage et non plus de CORRECTION.


Cette période de confinement peut donc soit :

  • Etre la goutte d’eau qui fait jeter l’éponge pour l’adolescent et la matérialisation physique d’un confinement psychologique déjà existant.

  • Etre une opportunité de se recentrer sur l’essentiel : lâcher toutes ces pressions, prendre du recul par rapport aux exigences scolaires, cesser les CORRECTIONS et prendre le temps qui nous est offert en famille pour se CONNECTER ou se RECONNECTER aux besoins et sentiments de nos enfants et adolescents et leur permettre de les exprimer, et nous de les accueillir avec tout notre amour.

*Référence étude : (cf.Portraits d’adolescents. Enquête épidémiologique multicentrique en

milieu scolaire en 2013. C. Jousselme, M. Cosquer et C. Hassler, Mars 2015).


Du fond du cœur,


Gauthier Olivier


PS : Merci de partager et liker massivement ce message si vous pensez qu’il peut aider des personnes.


(Article rédigé sur la page facebook "Epitychia" le 26 Mars 2020 en période de confinement, il reste toujours d'actualité même si le confinement physique a cessé, il reste néanmoins un confinement "psychique" et des conséquences psychologiques liées à cette période)


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